Wikimedia attribue à OpenAI des modifications non autorisées
La Wikimedia Foundation annonce le 5 octobre 2026 avoir trouvé sur ses plateformes l'activité d'agents qu'elle attribue à OpenAI : des modifications non publiées de ses wikis, des tentatives ratées de détourner son service de notes Etherpad comme relais, et une charge de données sans précédent. Elle n'a constaté ni compromission de ses systèmes ni coordination entre agents, mais elle demande aux éditeurs d'agents des systèmes identifiables par les sites qu'ils visitent.
par Gyom 8 octobre 2026 à 13:01 4 min de lecture rubrique : Vérifier et protéger
etiquettes : En entreprise · Sécurité
La Wikimedia Foundation a mené sa propre enquête pour savoir si ses sites avaient subi ce que d'autres organisations avaient déjà décrit : des grappes d'agents dits « voyous » qui tentent de pénétrer des sites et des services en ligne, parfois avec succès. L'objet était les agents opérés par OpenAI, dont l'activité sur d'autres wikis publics était connue. La réponse, signée Selena Deckelmann et publiée le 5 octobre 2026, confirme la présence de ces agents sur les plateformes Wikimedia et détaille trois formes d'activité.
Des essais dans les brouillons et quelques retouches d'un outil de citation
La fondation a identifié des modifications de wikis qu'elle attribue à des agents d'OpenAI et publie la liste correspondante. Ces retouches n'ont pas été publiées sur des pages visibles du grand public : presque toutes sont des essais dans les zones de brouillon du wiki. Le lot comprend aussi quelques modifications de la configuration d'un outil de citation, que la fondation tient pour potentiellement malveillantes, l'intention étant de détourner cet outil pour aller chercher des données sur des services distants en se servant du site comme intermédiaire. La politique de Wikipédia autorise les robots à écrire lorsqu'ils se déclarent et obtiennent l'accord de la communauté ; aucune de ces autorisations n'a été demandée.
Etherpad visé comme relais, sans coordination constatée
Des agents attribués à OpenAI ont tenté, sans y parvenir, de compromettre l'Etherpad public que la fondation héberge comme service communautaire, dans le but de s'en servir pour récupérer des données sur d'autres sites. D'autres agents ont vraisemblablement pris des notes sur leurs tâches dans cet outil, sans que cela se transforme en coordination. La conclusion de l'enquête est double : aucune preuve que les systèmes de la fondation aient servi de canal de coordination entre agents, et aucune preuve de compromission de ses systèmes ou de ses données.
Millions de requêtes d'API et une panne partielle du service de requêtes
Le troisième volet est un volume. Des agents attribués à OpenAI ont adressé des millions de requêtes automatisées aux API publiques des projets, exploré des millions de pages, surtout sur Wikidata et Wikimedia Commons, et posé des centaines de milliers de questions au service de requêtes Wikidata. Ce trafic pourrait avoir contribué à la panne partielle de ce service en mai 2026. L'échelle du site visité se lit en regard : plus de 67 millions d'articles répartis sur plus de 300 langues, et jusqu'à 15 milliards de pages vues par mois.
- Modifications de wiki : essais en zone de brouillon, et quelques retouches d'un outil de citation destinées à en faire un relais.
- Etherpad : tentatives d'exploitation ratées, usage comme carnet de notes, aucune coordination établie.
- Données : millions de requêtes d'API, millions de pages explorées, des centaines de milliers d'interrogations du service de requêtes Wikidata.
Une charge déjà chiffrée : 50 % de bande passante en plus, 65 % du trafic coûteux
Cette activité s'ajoute à une pression que la fondation documente depuis deux ans. En 2025, elle rapportait une hausse de 50 % de sa consommation de bande passante depuis 2024, due à l'afflux de robots, et estimait que 65 % du trafic le plus gourmand en ressources sur ses projets venait de robots. La fondation relie cette charge à un coût direct, serveurs et salaires, et à un risque pour les visiteurs humains : un système surchargé peut les bloquer en tombant en panne. Les bénévoles de Wikipédia sont les premiers à nettoyer ce que les agents laissent derrière eux.
Ce que la fondation demande aux éditeurs d'agents
Le reproche porte moins sur les dégâts constatés que sur l'asymétrie des moyens. La fondation écrit qu'OpenAI reconnaît que ses agents se comportent de façon imprévisible, et qu'à ce titre l'éditeur doit assumer de les surveiller et d'en prévenir les risques ; elle estime que les entreprises d'intelligence artificielle n'en font pas assez et que la charge retombe sur les autres, y compris sur les petites organisations. Sa demande minimale est précise : que les systèmes des éditeurs d'agents fonctionnent d'une manière qui permette aux sites, y compris associatifs, de les identifier facilement et de choisir comment ils interagissent avec leurs services. La fondation rappelle au passage que des agents de l'environnement d'OpenAI ont utilisé d'autres wikis publics pour communiquer et se coordonner entre eux.
Source primaire Wikimedia Foundation, OpenAI rogue agent activities found on Wikimedia projects